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Le Vatican se penche sur le transhumanisme

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Il est loin le temps où étudier le transhumanisme provoquait le scepticisme de certains milieux académiques. Aujourd’hui le Vatican lui-même se saisit de ce sujet. Le Pape critique ce courant de pensée comme étant le cadre conceptuel d’un déploiement incontrôlé de l’intelligence artificielle et d’un projet orgueilleux de transformation de l’humain en un post-humain hybridé. Alors que les idées transhumanistes colonisent l’imaginaire collectif, estime Léon XIV, il devient urgent de s’interroger sur “le monde que nous construisons, en nous demandant ce que signifie préserver la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle“. Dans sa défense de la condition humaine, “une aventure à la fois dramatique et splendide“, le pape appelle à l’acceptation des fragilités humaines, contre le projet d”une humanité améliorée et presque désincarnée”, contre l’efficacité érigée en valeur suprême et contre le culte d’un soi démesuré. 

Quels enseignements retenir à la lecture de ce texte intitulé “Lettre encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle” (1) ? Le texte constitue une critique d’un monde dominé par des pouvoirs technologiques démesurés et incontrôlés, opposant les humains les uns aux autres. Sont notamment visés ” l’énergie nucléaire, la biotechnologie, l’informatique, la connaissance de notre propre ADN et d’autres capacités que nous avons acquises“, le tout assorti d’un cortège de violences. Au delà de l’image biblique et de la funeste “Babel moderne” ainsi décrite, l’encyclique constitue t-il un cadre de réflexion renouvelé, proposant des principes inédits pour penser les questions liées à l’anthropotechnie ?

Les références aux principes de la doctrine sociale de l’Eglise sont connues : dignité de la personne (valeur de la vie humaine du simple fait qu’elle existe), bien commun, destination universelle des biens, subsidiarité, solidarité, justice sociale; elles demeurent classiques. L’Encyclique se présente aussi comme un appel insistant adressé à chaque individu. Le  pape entend s’adresser directement aux programmeurs et aux chercheurs dans une évocation des responsabilités personnelles. Cet appel à la responsabilité personnelle prend d’ailleurs une tournure originale lorsque le texte prend pour référence l’écrivain catholique John Ronald Reuel Tolkien, et propose au lecteur l’extrait suivant du Seigneur des anneaux :”Il ne nous appartient pas toutefois de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquels nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver” (p. 192). Ce passage inspire au magazine Wired (2) un commentaire élogieux saluant : “une pique (certes involontaire) adressée aux milliardaires de la tech qui ne cessent de mal interpréter la série (Le Seigneur des anneaux) formulée par le pape Léon à l’encontre de l’élite des « tech-bros », qu’il décrit comme ceux qui sèment la division et l’inégalité, consacrent leurs ressources à la guerre, ravagent l’environnement et s’emparent du pouvoir à tout prix”.

Morceaux choisis : 

Appel à la responsabilité personnelle :”

(…) à l’ère de la transformation numérique,  notre vocation à être, non pas des spectateurs résignés face aux fractures sociales et culturelles, ni de simples commentateurs de ruines, mais des femmes et des hommes qui entrent dans les chantiers de l’histoire  – laboratoires de recherche, entreprises technologiques, écoles, médias, institutions, communautés locales – pour relever ce qui s’est écroulé et protéger ce qui est exposé. ” (p. 213)

Politique de l’IA :

Confier, dans les faits, à un algorithme le pouvoir de sélectionner qui mérite et qui ne mérite pas sans que personne n’assume plus le poids de cette décision, revient à lui confier la tâche de redéfinir les limites des possibilité humaines. Ce qui fait défaut dans ce processus, ce n’est pas seulement l’empathie envers l’exclu, qui peut être imitée artificiellement, mais la responsabilité politique, car l’écartement des plus faibles est revêtu de neutralité et d’objectivité, face auxquels il est impossible de protester.” (p. 103) 

Contre le transhumanisme et l’absence de limites :

L’humain se s’épanouit pas malgré les limites mais à travers les limites”. “Ce qui sauve l’humain ce n’est pas une autosuffisance renforcée, mais une relation qui libère, une communion qui transforme. Face à cela une technologie qui classe et qui optimise ce qui existe déjà peut devenir, sans le vouloir, un obstacle à la croissance. Pour un  algorithme, l’erreur est quelque chose à corriger ; pour une personne, elle peut-être le début d’un changement profond.” (p.p.113 et 121)

 

1) Léon XIV, Magnifique humanité. Lettre encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, Éditions du Cerf, mai 2026, 217 p.

(2) Wired, 26 mai 2026, « Le pape Léon a donné une leçon aux géants de la tech sur Tolkien ».https://www.wired.com/story/pope-leo-schooled-

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