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Ce que les outils numériques font à la mémoire (1)

La mémoire humaine est puissante et fragile. Cette mémoire, aujourd’hui externalisée dans des outils numériques, devient mémoire artificielle. La mémoire est celle d’une personne mais aussi d’un peuple. Les humains vont-ils perdre la mémoire individuelle au détriment de la mémoire collective représentée par les réseaux sociaux  ? Dans ce monde contemporain où prennent place les mémoires artificielles, il est pour Francis Eustache, neuropsychologue, crucial de préserver un équilibre entre mémoires individuelles et mémoires collectives, de se garder de trop grandes porosités entre les deux “si l’on veut préserver les “mémoires internes”incluant les mémoires du futur des jeunes générations” met-il en garde.  

La mémoire, c’est non seulement le passé mais aussi la projection de l’avenir. Dans tous les cas, des pathologies sont possibles, la mémoire du passé comme la mémoire du futur :  “les grands amnésiques ne souffrent pas seulement d’un trouble de la mémoire autobiographique, qui obère le retour vers leur passé personnel, ils ont également une difficulté à se projeter dans le futur“.  Or la mémoire du futur est indispensable au discernement : “la mémoire du futur est l’outil de réflexion qui nous guide dans nos choix essentiels, individuels et collectifs, qui nous permet de simuler des situations, en prenant ainsi une distance face à l’immédiateté et à l’émotion parfois exacerbée“.

Externalisée depuis longtemps via l’écriture, l’imprimerie, la mémoire tend aujourd’hui à se fondre dans de nouveaux outils techniques numériques. Le problème pour F. Eustache réside dans l’accélération et l’extension des pratiques , cette ” évolution logarithmique que ne peuvent plus absorber les psychologies individuelles et les organisations sociales. Cette situation donne l’impression d’un temps qui s’accélère, d’une difficulté à le maitriser, à hiérarchiser les priorités, un sentiment d’être sans cesse dans l’urgence sans traiter les informations en profondeur et sans pouvoir ainsi les analyser, les synthétiser, les assimiler“.

Les sciences de la mémoire, en particulier de la mémoire du futur, permettent alors étudier ce que ces nouveaux outils numériques font à cette mémoire.

 

 

Dirigé par Francis Eustache. La mémoire entre science et société. Paris : Le Pommier/Humensis, avril 2019, 13 euros.

 L’observatoire B2V de la mémoire : http://www.observatoireb2vdesmemoires.fr

 

 

 

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