Qu’est-ce que ça fait de donner quelques-unes de ses propres cellules pour la recherche puis… apprendre qu’elles ont été utilisées pour des applications de bio-informatique ? La question, hypothétique, est débattue dans un article intitulé “Researchers are building computers that run on brain organoids — but have neglected a major ethical issue“, récemment publié dans le magazine Nature https://www.nature.com/articles/d41586-026-02316-8 .
Au cours de recherches, des cellules humaines prélevées sur un individu, sont cultivées et différenciées pour produire des organoïdes de cerveau, entités de cellules neuronales en 3D développées en laboratoire. Les organoïdes de cerveau peuvent alors être utilisées pour des applications de bio-informatique : “the workings of the brain are often compared to those of a computer. Some researchers are testing this analogy to its limits, attempting to build computers containing laboratory-grown cultures of brain cells. In doing so, they hope to circumvent the physical limitations of the silicon-based computing hardware used for today’s artificial intelligence“.
Ce rapprochement entre des circuits neuronaux et des algorithmes d’intelligence artificielle est en cours depuis quelques années. Déjà en 2023, des “brain organoides devices” étaient évoqués, aux Etats-Unis par la Maison Blanche, pour des programmes officiels de recherche en biotechnologies : « advance capabilities for manufacturing functional neuron or brain organoïde devices, both for neuronal stimulation and repair and for potential biological computing application» https://www.anthropotechnie.com/des-brain-organoides-devices-mentionnes-dans-un-rapport-de-la-maison-blanche-sur-les-biotechnologies/. En 2024 en France, l’agence de la biomédecine se penchait sur le cas de la fabrication de bio-ordinateurs, assemblages d’organoïdes de cerveau et de microprocesseurs, et sur l’émergence d’un nouveau champ de recherche, l’intelligence organoïde https://www.anthropotechnie.com/recherche-des-bioordinateurs-alimentes-par-des-cellules-cerebrales-humaines/.
La réflexion aujourd’hui porte sur les modalités du consentement de la personne d’origine. Laquelle a très bien pu consentir à faire don de ses cellules pour des travaux de recherche – contre le cancer par exemple – mais pas nécessairement pour des applications ultérieures de bio-computing. Les auteurs de l’article suggèrent alors de redéfinir les modalités du consentement pour des domaines de recherche tels que le bio-computing ou biohybrid robotics : “In our view, researchers should avoid using cell lines for which consent was given only for biomedical research. A system must be established for seeking consent retrospectively, or for reviewing the ethics of projects when obtaining consent again (known as re-consent) is not possible”.
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