Si l’intérêt du grand public s’éveille rapidement à l’évocation de Neuralink, la société d’Elon Musk, et les déclarations tonitruantes de celui-ci, les enjeux réels et sous-jacents des neurotechnologies et des avancées en sciences du cerveau restent largement méconnus. Comment alors attirer l’attention sur les neurotechnologies à venir, pour ne pas reproduire les erreurs liées aux développements massifs et non maitrisés de l’IA et des réseaux sociaux ? : “les effets multiples mais non anticipés, générés par l’utilisation massive, largement incontrôlée, des technologies numériques grand public, comme par exemple les réseaux sociaux ou l’intelligence artificielle générative, dont le contrôle est le plus souvent situé hors d’Europe, ont été longtemps méconnus ou négligés. Cette erreur ne doit pas se reproduire pour les neurotechnologies numériques, intimement liées aux précédentes” peut-on lire dans un récent rapport récent du CCNE, Conseil Consultatif National d’Ethique, consacré aux neurotechnologies (1) https://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/2026-04/.
Les neurotechnologies numériques non invasives (régulièrement évoquées dans les colonnes d’Anthropotechnie ) ont de nombreuses applications en dehors du domaine médical : mesure de l’attention et de la vigilance, jeux, compétitions sportives, amélioration des performances des soldats, bien-être, sommeil, recueil de données cérébrales, bientôt peut-être des possibilités de capter depuis l’extérieur des intentions personnelles avant/sans qu’elles ne soient exprimées par le langage. D’autres applications émergeront nécessairement à mesure de l’avancée des connaissances scientifiques du fonctionnement cérébral et neuronal : “après des décennies de progrès fulgurants, ce domaine ne se définit plus uniquement par ce qu’il est capable d’expliquer, mais par la manière dont ses découvertes sont mises en pratique. Les sciences du cerveau influencent désormais les décisions judiciaires, l’éducation et les politiques publiques, soulevant des questions qui dépassent le cadre du laboratoire” (2).
Dans ce contexte, une recommandation importante figure dans le rapport, qui consisterait à : “considérer toutes les données neurales comme des données à caractère personnel sensibles, et potentiellement directement identifiantes, au sens du Règlement général pour la protection des données (RGPD)”.
Plus généralement, il serait légitime que les questions de l’actionnabilité, l’accessibilité et la disponibilité de données cérébrales, questions fondamentales pour la préservation de l’autonomie humaine, en particulier pour les enfants et les adolescents dont la liberté de développement cognitif doit être préservée, https://www.anthropotechnie.com/pour-une-liberte-du-developpement-cognitif-des-enfants-a-lecart-des-neurotechnologies/, occupent rapidement et largement le devant de la scène politique.
Les travaux actuellement en cours dans le cadre des états généraux de la bioéthique 2026, les débats à venir dans la perspective de la révision des lois de bioéthique, prévue pour 2027/28, contribueront, il faut l’espérer, à cette nécessaire une prise de conscience.
1 -Interfaces cerveau-machine et autres neurotechnologies numériques : questions d’éthique. Avis commun du CCNE et CCNEN, Avis 150 du CCNE, Avis 10 du CCNEN. Février 2026.
2 – Dana Foundation. Brain science needs a new social contract. https://www.nature.com/articles/d42473-026-00015-6
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