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Les multiples défis du soldat augmenté : avantage opérationnel, géopolitique et combat numérisé.

Parmi de possibles figures d’un humain dont les capacités seraient augmentées – écolier augmenté pour faciliter l’acquisition de connaissances, humain augmenté pour vivre dans l’espace… – le soldat augmenté constitue déjà une domaine de recherche et d’expérimentations, présenté lors de l’émission Esprit de justice par Gerard de Boisboissel, ingénieur de recherche au centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan et Pierre Bourgois, maître de conférence en science politique à l’Université catholique de l’Ouest d’Angers, tous deux répondant aux questions affutées du magistrat Antoine Garapon, sur France Culture le 31 aout dernier https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/esprit-de-justice/les-multiples-defis-du-soldat-augmente-4048900

Voir la nuit, évacuer le stress ou la peur pour prendre de meilleures décisions, moins dormir, accèder à une réalité augmentée pour disposer d’informations sur l’environnement et les positions ennemies, communiquer des ordres le plus rapidement possible, revêtir un exosquelette pour décupler sa force physique (sorte d’Iron Man) : certaines capacités des soldats seraient ainsi développées dans l’objectif de meilleures performances sur le champ de bataille et d’avantages opérationnels vis à vis de l’ennemi. Si la démarche et les objectifs ne sont pas nouveaux, les moyens technologiques et biotechnologiques le sont. La réflexion sur l’augmentation des capacités du soldat se fait en outre dans le contexte d’un combat  devenu numérisé. Des molécules chimiques ont été largement utilisés au cours de l’histoire, par exemple des hallucinogènes par des guerriers vikings, des amphétamines et des psychostimulants par des soldats du IIIème Reich, plus récemment par les djihadistes. Les moyens aujourd’hui bénéficient de l’apport du numérique, des algorithmes, de la réalité virtuelle, de technologies miniaturisées pour faciliter leur incorporation, de neurotechnologies … Le corps humain  présente cependant des limites physiologiques et des résistances aux transformations et à l’intrusion de technologies.  La démarche, dès lors, doit être étroitement contrôlée  : « Au service de santé des Armées, leur idée principale est de dire qu’il y a toujours des effets secondaires (à la prise d’amphétamines). On ne peut pas repousser les limites du corps humain indéfiniment, notamment le sommeil. On peut les repousser un peu, dans un contexte d’urgence opérationnelle, mais, tôt ou tard, la réalité rattrape le corps humain, et si l’on triche un peu avec le corps, au bout d’un moment, il s’effondre » rappelle G. de Boisboissel.

 Comment, dans le contexte très spécifique d’une hiérarchie militaire, définir les contours d’un consentement à ces formes d’ “augmentation” de la part du soldat ? Au delà de la question de la resistance physique, les chercheurs mettent en avant des questions qui se posent d’un point de vue moral. Les réponses sont apportées en tenant compte des principes qu’entendent respecter les autorités nationales dans ce domaine et de la géopolitique, les dites-règles étant évidemment variables d’un pays à l’autre : « le monde asiatique est peut-être plus collectif, il pense au groupe, donc à l’augmentation du groupe. Le monde américain, lui, a beaucoup investi dans les nouvelles technologies parce qu’ils sont très technophiles. L’armée française est peut-être plus prudente, elle met vraiment l’homme au coeur, oui mais avec des valeurs éthique », nuance G de Boisboissel. Du coté des Etats-Unis, la DARPA ( Advanced Research Projects Agency) dévoile ses projets à grand renfort de communication, notamment pour les neurotechnologies,  sans que l’on sache vraiment, remarque très justement P. Bourgois, quelles sont réellement les avancées et les priorités.

 

Pour en savoir plus :

Cyborg soldier : géopolitique du soldat augmenté

 

Futur de la guerre : la place de l’humain dans le combat numérisé

Le soldat “augmenté” : journée d’étude le 15 janvier

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