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Et si... des biohackers s’injectaient eux-mêmes des vaccins à ARNm

En 2029, les membres d’un groupe de biohackers défendent la liberté de s’injecter eux-mêmes, en dehors de tout cadre institutionnel et médical, un vaccin à ARNm, pour augmenter des capacités sportives, cérébrales… Dans ce scénario de science-fiction imaginé par des journalistes de la revue The Economist (1), les biohackers « have built small patches of flexible electronics and microfluidics, worn on the body much like a nicotine patch, capable of crafting specific mRNA sequences in situ and inserting them in the bloodstream”. Ainsi des athlètes arrivent-ils à développer leur musculature ( via les globules blancs) et des femmes enceintes à booster les capacités cognitives de leur progéniture (via les hormones de la thyroïde). Les biohackers, réunis dans le groupe The witnesses of bioinformatic freedom, défendent un droit individuel qui s’apparenterait à une “liberté morphologique”, contre ceux qui les accusent de « bricolage biologique » (freedom to tinker). 

La liberté morphologique est, depuis quelques années, défendue en particuliers par les auteurs du courant de pensée transhumaniste. Ce courant se nourrit de l’imagination inépuisable des humains dans leur manière de se penser eux-même-mêmes, à titre individuel et en société, d’agir sur eux-mêmes dans leur anatomie, à l’aide de matériaux et d’objets inédits, et aujourd’hui avec l’appui de l’intelligence artificielle. Elle trouve aussi une traduction dans les représentations artistiques, avec plus ou moins de considérations pour les aspects éthiques de cette plasticité grandissante du vivant humain, pour les rapports qu’entretient cette plasticité avec la notion d’humanité. La question de la liberté morphologique et de la libre disposition de son corps n’est pas nouvelle mais la réflexion éthique et morale s’intensifie à mesure que les technologies, à la fois très intrusives et  utilisables en dehors de l’hôpital, se développent. « La liberté morphologique est-elle désirable? est-elle juste ?” Les conditions d’une liberté morphologique et son interprétation, examinées par Benjamin Bourcier (2), ressortent dans deux principales composantes :

Une difficulté, au vu de cette dernière condition, est d’isoler le consentement individuel de facteurs extérieurs, de contraintes  que représentent les normes sociales, familiales ou encore parentales…, et qui  peuvent rester implicites. Bien d’autres problèmes se présentent quand les modifications portent sur des enfants à venir, et non sur les adultes eux-mêmes. D’une part en raison de choix fondamentaux des parents qui s’imposeraient à l’enfant et qui viennent restreindre ce que certains envisagent comme un droit à un futur ouvert pour les enfants.  D’autre part pour des raisons liées aux inconnues dans les conséquences pour la ,ou les, générations futures.

 

1 – The Economist.  What if ? health and politics. 3-9 juillet 2021. https://www.economist.com/what-if/2021/07/03/what-if-biohackers-injected-themselves-with-mrna

2 – Benjamin Bourcier. “La liberté morphologique transhumaniste, un nouvel esprit anti-cosmopolitique » in Théories politiques du transhumanisme. Raisons politiques. N°75, août 2019. P. 99. 

 

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