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L'homme n'est pas un animal comme les autres

L’homme n’est pas – que – un animal comme les autres. L’humain n’est comparable qu’à lui seul. Dans Le complexe des trois singes.  Essai sur l’animalité humaine, Etienne Bimbenet va chercher dans les sciences humaines ce que les sciences de la vie lui semblent interdire : une exception humaine. 

Le professeur de philosophie s’élève contre les débordements dans la réflexion sur l’appartenance des humains à l’espèce animale, le «zoocentrisme», une exagération qui consisterait à mettre l’animalité au centre de notre humanité. La lucidité consisterait à reconnaître la spécificité humaine à partir d’un «anthropocentrisme élargi», à rechercher cette spécificité d’abord dans l’homme, dans la culture, le langage, et les apprentissages, dans ce qui concoure à la socialité, et seulement ensuite dans les rapports entre l’homme et l’animalité.  Et non l’inverse. Le Complexe des trois singes, c’est de refuser de voir, de dire et d’entendre autre chose que le zoocentrisme.

Or, aux yeux de l’auteur, une logique «autre qu’une détermination naturelle», l’intentionnalité partagée et la puissance d’idéalisation, différencient ensemble la culture humaine. La rupture dans les comportements s’observe dans l’expérience du langage, de la pédagogie et de tous les comportements sociaux qui tendent à un but social, sous une autorité sociale. Dans cette reconnaissance, et seulement à cette condition, devient alors possible un rapprochement entre les animaux et les humains. L’humain décide souverainement de ses valeurs et de ses responsabilités « dans un paysage complexe fait d’entraide, de soin, d’hospitalité, de services rendus, d’affections gratuites », dans une morale devenue subjectivée. L’’éthique s’élargit à tous les êtres sensibles : « c’est l’homme comme être rationnel, non l’animal comme être sensible, qui prend sur lui d’élargir la morale ». Le caractère moral vient de l’aspect désintéressé, la valeur attribuée aux animaux ne correspond à aucune utilité pour les humains, elle n’est pas instrumentale.

De très beaux passages déclinent ces valeurs morales sur lesquelles se fonderaient les rapports entre les humains les animaux. La reconnaissance contemporaine et l’acceptation de la sensibilité animale pencheraient alors davantage vers le  «laisser être» que le «pathocentrique». L’auteur s’appuie sur des figures de la philosophie outre Atlantique. La démarche trouve une inspiration dans l’éthique des capabilités développées par Martha Nussbaum : «dans l’éthique des capacités comme dans toute éthique relationelle, les animaux sont riches des virtualités mesurées avant tout par l’espèce à laquelle elles appartiennent». Elle se réfère au philosophe Richard Rorty pour expliquer que cette démarche ne ressort pas d’une quelconque volonté de se situer sur une échelle de valeurs supérieurs ou inférieures, «non des hauts et des bas, mais du soi et du non-soi, non des échelles mais de cercles concentriques, des mouvements procédant du soi et allant s’élargissant en direction des autres ». 

E. Bimbenet s’insurge, de manière un peu moins convaincante, contre toute forme culpabilité morale envers une « sensibilité d’époque » dans laquelle « défendre le propre de l’homme était commettre une faute envers les animaux ». Il dénonce « le combat antimétaphysique (qui) nous met constamment en demeure de choisir entre un discontinuisme qui ne saurait être que métaphysique ou religieux, et le continuisme attesté par les seules sciences de la vie ». Une  troisième voie serait à tracer,  quelque part entre métaphysique et zoocentrisme. 

A lire : Etienne  Bimbenet. Le complexe des trois singes. Essai sur l’animalité humaine. Paris : Seuil, 2017. 344 p

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