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Pourquoi le stress rend malade ?

A lire sur le journal du CNRS

Pourquoi tombons nous malade plus facilement lorsque nous sommes stressés ? Comment notre humeur influe sur notre santé ? Jean-Philippe Herbeuval, directeur de recherches en immunologie au CNRS et Nikaïa Smith, immunologiste, viennent de trouver un début de réponse à cette question. Selon eux, le stress bloque la production de cellules immunitaires ce qui rend le corps humain plus vulnérable aux microbes et aux virus. 

Longtemps, l’homme a cru que les neurones étaient cantonnés au seul cerveau. Et pourtant, depuis peu, des chercheurs ont découvert qu’ils étaient également très nombreux dans l’intestin. On en compterait plus de 200 millions. Si l’on considère que le ventre est notre « deuxième cerveau », il est aussi le réservoir de cellules immunitaires. La neuro-immunologie étudie les interactions entre système nerveux et système immunitaire. Cette discipline récente est porteuse de grands espoirs thérapeutiques. Ces deux zones contiennent en effet des neurones qui communiquent entre eux. Nos humeurs et notre stress, générés par notre cerveau, affectent aussi nos défenses immunitaires et nous rendent plus vulnérables aux maladies.

La communication du corps humain

Dans le cerveau, la communication entre neurones se fait via des molécules, les neurotransmetteurs. La plus connue d’entre-elles est la sérotonine, produite à 95% par les neurones présents dans notre intestin. Sa  tâche est de réguler le sommeil, l’anxiété, la douleur ou le comportement alimentaire. Les cellules immunitaires, quant à elles, sécrètent des molécules appelées « cytokines ». Parmi ces molécules, on trouve certaines protéines anti-virales, découvertes il y a bien longtemps. Presque tous les vertébrés possèdent dans leur système immunitaire ce genre de cellules, gardiennes très efficaces de la santé.

Neurotransmetteurs vs cellules immunitaires

Lorsque le corps humain est attaqué, il produit en masse des cellules immunitaires pour répondre à l’attaque et se défendre. Nikaïa Smith et Jean-Philippe Herbeuval ont découvert que la sérotonine produite par les neurones est un puissant inhibiteur de cellules immunitaires et des molécules permettant leur communication. Les neurotransmetteurs tels que la sérotonine se fixent sur une protéine qui bloque la production de cellules immunitaires.

Comme elles ne savent plus comment fonctionner, elles n’assurent plus leur rôle de barrière de protection, donc le corps est plus vulnérable. Lorsque nous sommes stressés, les neurotransmetteurs prennent le dessus sur les cellules immunitaires, et nous tombons malades plus facilement.

D’importantes avancées médicales en perspective

Ces résultats ouvrent la voie à de nombreuses avancées médicales, notamment dans le domaine des maladies auto-immunes. Dans ce type de maladies, le système immunitaire du patient atteint est considéré comme pathogène et détruit lui-même ses propres anticorps. Le chemin sera long avant de trouver une solution durable à ces maladies. Cependant, les immunologistes espèrent pouvoir cibler la protéine responsable de l’inhibition des transmetteurs des cellules immunitaires pour bloquer leur production. De cette façon, dans le cas d’une maladie auto-immune, le système immunitaire cesserait de s’auto-détruire.

Cette découverte a permis de mettre en avant le dialogue entre le système immunitaire et le système nerveux.  Pourquoi le corps humain a t-il prévu que des neurotransmetteurs puissent contrôler l’immunité virale? ce point reste mystérieux.  On ne sait pas non plus si le blocage par la sérotonine des cellules de communication et leurs transmetteurs a aussi des conséquences sur notre humeur ou notre état de stress. Tout cela constituera un enjeu majeur de recherche au XXIème siècle.

  

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