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Le normal et le pathologique, des catégories périmées ?

La distinction entre Le normal et le pathologique correspond-elle à des catégories qui seraient aujourd’hui périmées ? Georges Canguilhem, philosophe et médecin, a questionné l’idée d’une frontière biologique entre le normal et le pathologique, dans deux séries de travaux publiés en 1943 et en 1966. Dans un examen du concept de ” normal” en santé, il y suggère que cette normalité en santé ne serait pas factuelle mais correspondrait davantage à une « appréciation », à « des choix de vie » et des « valeurs », et se définirait dans un milieu donné. La normalité en santé est alors pour Canguilhem un concept « équivoque”, voire un concept « polémique”. 

Revenant aujourd’hui sur ce caractère équivoque du concept de normalité en santé, une équipe de chercheurs sous la direction de Mathieu Arminjon (adjoint scientifique à la Haute école de santé de Vaud), Céline Cherici ( maitre de conférence en histoire et philosophie de la médecine à l’université de Picardie ) et Pierre-Olivier Méthot (dir.) (professeur à la faculté de philosophie de l’université de Laval, à Quebec), se penchent sur les significations contemporaines de la distinction entre le normal et le pathologique en santé, et son évolution depuis Canguilhem. Anne Fagot Largeau, médecin et philosophe, souligne l’intérêt de ce questionnement à l’heure où les pratiques de “genome editing” laissent entrevoir la possibilité de « corriger des erreurs » génétiques.

Parmi les interrogations de l’ouvrage figurent non seulement l’évolution du sens à accorder au « normal » et au « pathologique » en santé, mais aussi l’évolution dans la ligne de partage entre les deux dans “l’histoire longue des sciences de la vie et de la médecine » : «  bien que les frontières entre le normal et le pathologique ont été modifiées, transformées et déplacées, particulièrement depuis la période d’après guerre, ces catégories ne sont ni désuettes ni déplacées et continuent de structurer en profondeur et de multiples façons l’activité pratique et intellectuelle du médecin soignant comme celle du chercheur en laboratoire. De ce point de vue les catégories du normal et du pathologique n’ont rien de périmé ; leur territoire d’action s’est élargi et elles s’appliquent aujourd’hui à de nouveaux objets : le micribiome, le génome, le système neuronal, etc. elles sont subi et continueront inévitablement de subir des mutations au fil des temps » analysent M. Arminjon, C. Cherici et P.O. Méthot dans l’introduction de l’ouvrage. 

 

Mathieu Arminjon. Céline Cherici. Pierre-Olivier Méthot (dir.). Le normal et le pathologique, des catégories périmées ?. Paris, Editions Matériologiques, 2022.

 

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