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La prolifération des bio-objets, nouvelles formes de vie.

OGM, bactéries de synthèse, lignées cellulaires, cellules souches, gamètes et embryons… « masse incalculable de matière vivante cultivée, congelée et stockée », issus de cultures de cellules et tissus biologiques, de bio-impression ou encore destinés à la reproduction, les bio-objets prolifèrent dans le domaine de la biologie, de la reproduction et dans le milieu industriel. «Les bio-objets sont devenus aussi indispensables et communs qu’une matière synthétique comme le plastique » avance ainsi la sociologue canadienne Celine Lafontaine, auteur du livre Les bio-objets, nouvelles frontières du vivant. Ce constat est assorti d’un rigoureuse analyse et d’une conséquente réflexion sur la matière vivante issu de laboratoires, de nouvelles formes de vie, objets singuliers, crées ou transformés par l’humain. 

Une réflexion que l’auteur présente comme une vision globale, davantage que comme une approche qui serait nouvelle des bio-objets. Le concept,  tel que le définit C. Lafontaine, n’est en effet pas nouveau : « forgé par le sociologue britannique Andrew Webster, le terme « bio-objet » renvoie aux phénomènes sociotechniques par lesquels des éléments vivants (cellules, gènes, tissus, micro-organismes) sont isolés, modifiés et conservés artificiellement en vie afin d’en permettre des usages multiples ». Au-delà des objets mêmes, et à partir du concept de « civilisation in vitro », C. Lafontaine décortique les bouleversements engendrés par la logique de prolifération, la manière dont cette banalisation transforme la compréhension du vivant humain et non humain et plus généralement la relation au vivant. L’analyse porte en particulier sur les “dimensions affectives et identitaires”  du recours aux bio-objets reproductifs que sont les gamètes, les embryons et les cellules souches, lorsqu’ils sont développées in vitro, en laboratoire. 

Comment considérer alors ce vivant crée in vitro par l’homme, de cette existence fabriquée ? Quel statut et quelles considérations particulières envisager pour le vivant issu de la personne humaine, les valeurs habituellement attachées à l’humain leur sont-elles applicables  ? D’un point de vue épistémologique, l’auteur – après avoir évoqué les avancées qu’ont représenté les travaux de Bruno Latour –  explique pourquoi elle ne se place pas dans leur prolongement, au motif que « en accordant une agentivité commune aux humains et aux non-humains, le modèle latourien contribue, comme l’affirme la sociologue Sheila Jasanoff, à un aplatissement des rapports sociaux qui mène théoriquement à une irresponsabilité généralisée en matière de développement technoscientifique. Il ne s’agit pas ici de remettre en question la prise en compte de la contribution active des espèces vivantes et des dispositifs techniques dans l’édification du monde commun, mais plus simplement de rappeler que seuls les êtres humains ont le pouvoir de répondre politiquement aux défis environnementaux, économiques, sociaux et culturels que pose la civilisation in vitro“.

Céline Lafontaine. Les bio-objets, nouvelles frontières du vivant. Paris : Seuil, 2021.

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