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Apport d'organoïdes cérébraux humains à des mammifères : une lisière troublante et troublée.

Des cellules cérébrales humaines – cultivées in vitro sous forme d’organoïdes cérébraux – transplantées dans des cerveaux de rats nouveaux-nés, s’y sont développées. L’objectif de cette expérience – en soi troublante-, rapportée par la revue Nature le 12 octobre dernier (1), trouble aussi la lisière de l’admissible dans ce domaine. D’une part puisqu’il s’agit d’avancer significativement dans une recherche indispensable pour les pathologies neuropsychiatriques, alors même que les maladies en rapport avec le fonctionnement cérébral et le système nerveux touchent une personne sur quatre dans le monde. D’autre part parce qu’il ne s’agit pas réellement de cellules cérébrales mais d’organoïdes, c’est à dire d’assemblages de tissus en 3D mimant le cortex cérébral, sorte de modèles de tissus cérébraux obtenus via des cellules reprogrammées en cellules souches, à partir de cellules de peau (2).

Le franchissement de la barrière des espèces ne constitue plus depuis longtemps un tabou absolu, puisque depuis des lustres s’effectuent des échanges de cellules, de tissus et d’organes entre humains et animaux non humains, pour la recherche et dans le domaine médical. L’insuline est fabriquée à partir de pancréas de bœufs et de cochons depuis les années 30. Les échanges d’organes se pratiquent depuis les années 60. Reste la question du degré d’humanisation, et au sein de celle-ci les questions de l’apport à des mammifères non humains de cellules cérébrales et des embryons chimériques, qui comportent des enjeux très aigüs.

Maintes fois posée, la question de savoir jusqu’où il est possible de mener des recherches au non de la science et de l’intérêt médical, se manifeste ici. Y réfléchir implique de remettre en perspective l’ensemble des relations entre les humains et les animaux : « comme si se diluait progressivement ce qui était distinctif de l’humain au regard de l’animal, et que, d’une certaine manière, se dévoilait une proximité qui justifierait d’être mieux caractérisée. Du point de vue de la singularité humaine et de ces solidarités inter-espèces inédites qui s’expriment dans l’innovation biomédicale, il me semble désormais indispensable d’être davantage attentif aux réflexions philosophiques que développent les « animalistes » : l’actualité scientifique leur confère, en ces circonstances, une pertinence qui mérite notre attention » avait estimé Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale, université Paris-Saclay (2), à propos des embryons chimériques. 

Parmi les interrogations consécutives à cette expérience, figure non seulement celle de l’apport de cellules neuronales humaines mais aussi et surtout de leur développement. Les cellules humaines, se sont développées dans le cerveau des rats, se sont intégrées, cablées à leur système neuronal, le cortex. La question qui se pose alors est la suivante : quels seront alors les influences de ces organoïdes cérébraux humains dans le fonctionnement du cortex des rats ?  Ces rats sont-ils encore entièrement des rats ?

 

1- Revah, O., Gore, F., Kelley, K.W. et al. Maturation and circuit integration of transplanted human cortical organoids. Nature 610, 319–326 (2022). 

3 – Jessica Hamzelou. Human brain cells transplanted into baby rats’ brains grow and form connections. When lab-grown clumps of human neurons are transplanted into newborn rats, they grow with the animals. The research raises some tricky ethical questions. MIT Review. 12 octobre 2022 https://www.technologyreview.com/2022/10/12/1061204/human-brain-cells-transplanted-baby-rats-brains/?utm_source=Twitter&utm_campaign=site_visitor.unpaid.engagement&utm_medium=tr_social

4 – https://www.linkedin.com/pulse/le-sars-cov-2-parvient-il-%25C3%25A0-contaminer-la-vie-emmanuel-hirsch/

 

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