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Qu’est-ce que la honte prométhéenne ?

La honte prométhéenne traduit le fait de ressentir la faiblesse de la condition biologique humaine, ses souffrances et ses limites, comparée à la toute puissance et la perfection de la machine et de la technique. L’idée de honte prométhéenne permet, selon le philosophe Jean-Michel Besnier, d’interpréter les fondements de la pensée transhumaniste. 

Développée à l’origine dans L’obsolescence de l’homme, par le philosophe allemand Günther Anders, qui fut l’époux d’Hannah Arendt, l’idée de honte prométhéenne illustre le décalage ressenti par les humains entre deux dimensions : d’un coté des capacités illimitées de production technique et d’un autre coté des capacités limitées dans le domaine de l’émotion et de l’imagination. Pour Anders, les humains ont bien du mal à adapter leurs dispositions mentales à la société qu’ils ont créée et souffrent de ce décalage. Le décalage pousse les hommes à développer leur imagination et leurs émotions afin de la mettre en phase avec les formidables capacités de production contemporaines. De cette manière l’homme en arrive à penser une transformation de lui-même, l’ «human engineering ». 

Le philosophe Jean-Michel Besnier a interprété cette idée dans un ouvrage de référence publié en 2008, Demain les post-humains : le futur a t-il encore besoin de nous ? L’auteur y décrit le sentiment d’impuissance qui s’est emparé des humains en conséquence de la démesure du pouvoir technique. En corollaire de cette impuissance, survient une « désaffection de soi » et la ruine des subjectivités noyées dans des corps qui se dématérialisent de plus en plus. L’avenir de l’humain deviendrait synonyme d’une « défaite des identités ».

Pour résister à ce phénomène peu réjouissant Jean-Michel Besnier propose, dans une interview récente au magazine l’Express, de réhabiliter le privilège d’être humain et d’accepter ses vulnérabilités : “il est urgent de réconcilier les humains avec leur humanité. C’est-à-dire avec leur vulnérabilité fondamentale”. Une déclinaison contemporaine de la sagesse et une forme de résistance à la honte prométhéenne.

 

 Pour aller plus loin :
Günther Anders. L’Obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (1956). Traduit de l’allemand par Christophe David.  Paris : Editions de l’Encyclopédie des nuisances/ Editions Ivrea, 1956.
Jean-Michel Besnier. Demain les post-humains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ? Paris : Hachette, 2009. Et aussi : http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/jean-michel-besnier-reconcilier-les-humains-avec-leur-vulnerabilite_1819764.html#vhdPLDXk6mAvO5IC.03

 

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