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La mémoire immunitaire ou l’injustice de l’immunité.

« Les vaccinations cherchent (…) à gommer nos différences à resister aux microbes, une des principales causes de mortalité, notamment dans les pays à ressources limitées. En modifiant les ressources immunitaires de l’homme,  pour les renforcer, on construit une société plus juste ». Car chaque individu, par son système immunitaire, dispose de défenses différentes et très inégales face aux agressions des microbes et des virus,  rappelle Patrice Debré,  professeur d’immunologie à Sorbonne Université et membre de l’Académie nationale de médecine, dans son dernier ouvrage «Les révolutions de la biologie et la condition humaine ». 

L’humain se défend contre les agressions en se modifiant sans cesse, c’est le principe de l’immunité : «  le système immunitaire est une part de l’homme qui se modifie sans cesse »  Cette identité immunitaire spécifique, édifiée tout au long de l’ existence, se manifeste à travers un «répertoire » qui se modifie en fonction des microbes rencontrés. “Chaque individu acquiert et se forge une identité particulière, façonnée mais mouvante, par la mise en jeu, et à l’épreuve, de ce système complexe qu’on appelle immunitaire ».  

Dans la perspective d’une condition humaine en état de modification permanente, il décrit cette autre mémoire qu’est, en dehors de la mémoire du souvenir,  la mémoire immunitaire : « au temps où l’on parle de modifier l’homme par des puces électroniques qui stimuleraient son cerveau et sa mémoire, il est une mémoire que l’on peut accroître plus simplement, et sans doute plus efficacement, celle que les vaccins induisent pour lutter contre les maladies infectieuses » ajoute P. Debré.

 L’auteur retrace la généalogie des découvertes dans le domaine de l’immunité, du milieu du 19 ème siècle à aujourd’hui. Il explore plus généralement , dans une grande fresque de la condition humaine, outre les modifications de l’homme par l’homme (les chimères, les cellules souches, les organoïdes et bien sûr les fameux “ciseaux génétiques), les modifications de l’homme par son environnement (l’épigénétique, l’exposome et le microbiote). Les  dernières parties de l’ouvrage – qui ne sont pas les plus originales – portent sur  les modifications de l’homme par la machine,  l’intelligence artificielle et les interfaces cerveau- machine.  

 

Patrice Debré. Les révolutions de la biologie et la condition humaine. Paris : Odile Jacob. Janvier 2020. 290 p. 20,90 euros

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