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Egoïsme et procréation

Etre mère à plus de 70 ans dans le cadre d’une procréation médicalement assistée – donation de gamètes et fécondation in vitro –  est-ce égoïste ? La question se pose après la naissance de deux jumeaux en Inde, dont les parents ont respectivement plus de 70 ans pour la mère (entre 72 et 74 ans selon les sources) et près de 80 ans pour le père. Le magazine en ligne Bionews, rapporte que la mère ayant été placée en soins intensif après la naissance, les jumeaux auraient été pris en change par la famille. Face à ces inquiétudes pour l’avenir familial des enfants, Anna Smajdor, Associate Professor of Practical Philosophy, University of Oslo, se demande si ces pratiques ne correspondent pas à de pures manifestations d'”égoïsme” des adultes parents. Car les statistiques, malheureusement, suggèrent que ces parents âgés ne pourront s’occuper de leurs enfants aussi longtemps qu’ils le souhaiteraient.  De telles pratiques sont interdites en France où l’âge limite pour le recours à une PMA est de 43 ans pour les femmes.

A. Smajor estime que l’argument de l’égoïsme des parents est inopérant. Elle souligne que d’autres adultes, tout aussi soucieux de leurs bien-être,  pourront s’occuper de ces enfants. Sa conclusion est que chaque choix reproductif est nécessairement davantage dans l’intérêt des parents que dans celui de l’enfant, puisque celui ci n’existe pas encore et que son intérêt ne peut être déterminé. Chaque choix reproductif, celui d’une mère de 70 ans aussi bien qu’un autre, serait donc essentiellement “égoïste” : “The urge to be a parent has little to do with the wellbeing of the child. Not just in the case of this particular couple, but for any person who longs for a child. Of course, most people hope and assume that their own child will thrive. But no-one reproduces for the sake of the child. That child does not exist“.

L’argument d’un “égoïsme” fondamental des parents semble cependant un peu rapide et surtout réducteur, tant les motivations qui conduisent à donner la vie peuvent être complexes. Il semble pourtant que, dans la perspective notamment du développement des technologies de séquençage et de choix d’embryons, l’intérêt de l’enfant à naître peut difficilement être mis de coté. Au delà de l’argument d’un l'”égoïsme” des parents, il parait indispensable de discuter une possible instrumentalisation des enfants à venir, dans le cadre de la venue au mode d’enfant qui correspondent de plus en plus à des projets parentaux étroitement organisés. Plutôt que l’idée d’un quelconque égoïsme, la question qui va se poser de manière de plus en plus forte, avec l’avènement de technologies de plus en plus performantes, est plus largement celle d’une prise de pouvoir des adultes sur les enfants à naître.  La question de l’intérêt des enfants à venir doit donc être examinée.

 

 

https://www.bionews.org.uk/page_145020

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