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2062, le jour où les ordinateurs s'arrêtent...

Gouvernés par un Parlement numérique européen, soumis à des lois édictées par des algorithmes, guidés au quotidien par une intelligence artificielle omniprésente, délestés de toute donnée qui serait privée, socialisés à travers une identité numérique… Les habitants de cette France de 2060, décrite par Virginie Tournay dans son premier roman Civilisation 0.0, n’ont pourtant pas l’air si malheureux.

Les frontières entre la volonté de l’AI et la volonté générale, entre le public et le privé, se sont évaporées dans la nébuleuse digitale. D’un point de vue politique, il y aurait de quoi s’alarmer. Mais les partis politiques, l’idée même de « programme politique », ont disparu. Seuls les algorithmes savent. Les algorithmes font la loi, au sens propre comme au figuré.
Les oppositions au pouvoir de l’AI ont fait long feu. Le calme est revenu après la révolte des « papelards », ceux qui refusent le « tout connecté » et qui contestent un « flicage numérique » pour toujours plus de sécurité. Les émeutes de 2049 contre la centralisation des données personnelles dans de gigantesques data-centers au service de l’AI restent un lointain souvenir.

Un jour pourtant, les algorithmes ne répondent plus. L’auteur, directrice de recherche CNRS, biologiste et politologue, fait commencer l’histoire le 31 août 2062, ce jour fatidique où les ordinateurs s’arrêtent. Pourquoi cette panne? qui tire les fils ? Un sevrage numérique est-il possible pour les habitants ? Et surtout que se trame-il dans la mystérieuse communauté des réfractaires au numérique, un groupe de quelques milliers de personnes retranchées dans le Cantal et qui continuent de vivre de manière arriérée, c’est à dire … comme en l’an 2000.

Les années folles 20 (2020 pas 1920) ont précédé le « printemps numérique » et l’installation d’une puce pour tous les individus dès leur naissance. L’individu ramené à sa puce, l’individu dilué dans sa puce qui surveille, contrôle, anticipe. L’individu dont on se demande ce qui lui reste d’indétermination. Dans cette société du futur, les personnages ne semblent jamais vieillir. Uniquement sur un plan esthétique, car les personnages du roman, s’ils ont un « profil biologique irréprochable », ni stress, ni agitation, ni excès, ni alcool bien sûr, continuent de mourir. Pire, il est désormais admis que la prédiction absolue de la santé est impossible : « personne… n’est en mesure de prédire l’espérance de vie de quelqu’un ni d’annoncer la date de survenue d’un cancer ». La fontaine de jouvence n’a donc pas été trouvée. Dans un espace privé réduit à sa plus simple expression, restent les souvenirs (curieusement non manipulés …). De là viendront certaines explications et autant de surprises.

La chute du roman surprend. Le problème est bien pire que prévu. Les arriérés ne sont pas ceux qu’on pense. La politique n’a jamais dit son dernier mot, même quand les algorithmes semblent décider.
On attend la suite de l’histoire, histoire d’imaginer quel futur technologique serait préférable pour l’humanité. Quel futur technologique il est encore temps de mettre en oeuvre.

 

Virginie Tournay. Civilisation O.O. Paris : Editions Glyphe, 2019. 15 euros.

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/de-la-sf-plein-le-cartable

 

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