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Le nouveau visage de l'hérédité : l'hérédité étendue.

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A lire : Gaëlle Pontarotti. “Par-delà les gènes. Une autre histoire de l’hérédité

 L'”hérédité étendue” recouvre, au delà de l’hérédité génétique, une hérédité microbienne et une hérédité culturelle. La liste est non-exhaustive. L’hérédité microbienne, celle des micro-organismes et des microbes présents dans l’organisme, jouerait un rôle essentiel à la fois dans le nutrition, la maturation du système immunitaire et le fonctionnement neurophysiologique, cognitif et comportemental. L’hérédité culturelle est faite de représentations et de comportements familiaux, dont les comportements alimentaires. L’hérédité serait donc bien davantage qu’une affaire de gènes, soutient Gaëlle Pontarotti, dans un essai de philosophie de la biologie (1). L’hérédité se considère de multiples points de vue, à la fois génétiques, épigénétiques, symboliques, comportementaux ou encore microbiens. 

Un consensus s’établit, soutient l’auteur, autour de l’idée d’une “hérédité étendue”, entendue comme un ensemble de “transmission d’informations génétiques et non génétiques” traversant les générations, composée à la fois de déterminations et d’indéterminismes. Si la génétique affirmait au XXème siècle “l’imperméabilité des corps aux conditions extérieures“, des travaux contemporains dans le domaine de l’épigénétique (1) laissent entrevoir une fenêtre de vulnérabilité à ces conditions extérieures. “Les marques moléculaires épigénétiques(…) ne font pas partie de la molécule d’ADN mais elles modifient l’expression des gènes et peuvent avoir une incidence sur des traits tels que le stress ou la gestion des nutriments“. Des transmissions héréditaires étendues s’envisagent, non pas uniquement au début de l’existence, à la conception, mais tout au long de la trajectoire de vie des individus : “dessinant l’hérédité comme une cause multidimensionnelle et partiellement plastique, dont certains ingrédients peuvent être acquis au cours du développement, ces données suggèrent que les bagages héréditaires sont susceptibles d’être modifiés au cours des existences“. Dans la mesure où  les comportements des individus restent imprédictibles, peuvent à tous moments se modifier, il serait toujours possible de se libérer, d’échapper à cette hérédité.

L’hérédité reste cependant un “concept en chantier”. De nombreuses inconnues subissent, notamment lorsqu’il s’agit expliquer la transmission entre les générations d’influences liées à l’environnement socio-économique, à l’extérieur à la famille. Les marques épigénétiques étant réinitialisées, chez l’humain, à chaque génération, la vulnérabilité humaine aux conditions extérieures ne semble concerner que l’individu. La science semble incapable aujourd’hui d’expliquer certaines transmissions entre les générations, un déterminisme qui traverserait les générations, comme “des fantômes qui hantent des générations successives“.

Interactions facteurs biologiques et facteurs sociaux.

Dans ces nouvelles compréhensions de l’hérédité, l’humain gagnerait-il davantage de pouvoir sur lui-même, davantage de liberté dans la conduite de son existence ? Rien n’est moins sûr, avertit G. Pontarotti, qui anticipe un scénario qu’elle qualifie d’ “eugénisme post-génomique“. De nouvelles pratiques de procréation consisteraient à choisir l’embryon et l’enfant à venir, au cours de fécondation in vitro, sur la base de ces connaissances nouvelles de l’hérédité étendue. On peut ici se demander si le terme “eugénisme post-génomique” est pertinent, tant les mots et “gène” et “eugénisme” sont liés dans la généalogie de cette dernière. La quête de l’enfant parfait pourrait constituer un autre cadre de reflexion adapté pour ces réflexions portant sur les injonctions exercées sur les mères et la perte d’autonomie reproductive, très justement décrites par l’auteur.

Si les avancées de la science dans ce domaine paraissent considérables, l’idée d’un déterminisme génétique tout puissant reste très ancré dans les esprits : “on aurait tord de penser que la libération héréditaire constitue une formalité” souligne G. Pontarrotti. L’affirmation semble doublement juste :  à la fois du point de vue de l’individu et du point de vue de la société.

 

Gaëlle Pontarotti. Par-delà les gènes. Une autre histoire de l’hérédité. Paris : Gallimard. 2025.

 

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