Le clonage en France est interdit pour des raisons éthiques, rappelle le CCNE à l’occasion du lancement des Etats généraux de la bioéthique 2026 https://www.instagram.com/p/DUqDPw5DJzi/. Le clonage n’est pas pour demain : “le taux d’échec du clonage est si important que les clones humains ne sont pas pour demain” pronostique de son coté le généticien Bernard Jordan (1).
Mais la vraie question semble porter, davantage que sur l’échéance, sur l’intérêt que pourraient avoir les humains à se cloner. Quelles pourraient-être les motivations dans ce domaine ?
- Cloner une personne disparue ? Le clone ne serait pas plus identique à la personne disparue qu’un (vrai) jumeau à son frère ou à sa soeur.
- Se cloner soi-même ? La perspective d’un double de soi a fait couler beaucoup d’encre, notamment chez les psychanalystes dans les années 2000 (2). Gérad Huber avait ainsi imaginé une société dans laquelle les humains auraient la possibilité de se “reproduire biologiquement à l’identique“, ce qui entraînerait d’infinies interrogations sur les relations entre les “je” et ses nouvelles versions, “tu” et “il”, et les déclinaisons de ce “reflet” de soi : “comment passer de l’exemplaire unique au double et au multiple reflet de soi. Qui ou quoi est “je” par rapport à mon clone ? Qui est-il par rapport à moi ? Qui sommes-nous, moi et mon clone ? “. Etrange narcissisme…
- Fabriquer une armée de clones ? Les robots et les drones automatisés (autonomes ?) feront sans doute davantage l’affaire.
Et surtout : à quoi servirait-il de cloner un individu et ses imperfections, lorsqu’il devient de plus en plus plausible d’intervenir sur le génome d’une personne, via les technologies de ciseaux génétiques et le choix d’embryons ?
Les clones sont, au sens propre, un ensemble d’individus, plantes ou animaux, génétiquement identiques, précise B. Jordan; obtenus soit par division de l’embryon (comme cela se passe spontanément pour les jumeaux), soit par remplacement du noyau d’un embryon précoce par un noyau d’adulte. Pour que ce dernier cas fonctionne “il faut que l’embryon dans lequel on a introduit le noyau soit capable d’enlever toutes ses marques de différentiation, ce qui n’a rien à voir avec son fonctionnement normal et marche très mal. Tout cela traumatise et fragilise l’embryon. D’où un taux très important d’échec. Celui-ci est acceptable pour la catégorie animale, pas humaine” explique Bernard Jordan.
- Le Figaro Magazine. 6 février 2026. Propos recueillis par Guyonne de Montjou.
- Gérard Huber. L’homme dupliqué. Clonage humain, effroi et séduction. Paris : L’Archipel, 2000.
- Bernard Jordan. Les marchands de clones. Paris : Seuil, 2003.
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