Dans le débat autour de l’organisation de “jeux augmentés” qui devraient se dérouler le 21 mai prochain à Las Vegas https://www.enhanced.com, la question de fond ne réside pas tant la valeur de la performance et une possible “dévalorisation” de celle-ci , que dans le fait de savoir qui est réellement l’auteur de la performance, l’athlète ou le biologiste.
L’organisateur, Christian Angermayer, qui entend modestement ” changer la face du sport” et “célébrer le potentiel humain“, assure que les épreuves se dérouleront dans la plus grande transparence du point de vue des substances utilisées, sous étroite surveillance médicale et que les produits utilisés pour auront été approuvées par des institutions gouvernementales de régulation (FDA).
Ces arguments sont loin de convaincre les autorités sportives et sanitaires, lesquelles se sont unanimement exprimées contre le projet : “En 2025, l’Agence antidopage des États-Unis, l’Agence mondiale antidopage et le Comité international olympique ont lancé des avertissements sans équivoque, soulignant que l’autorisation des substances dopantes sous quelque forme que ce soit était dangereuse. Les instances sportives traditionnelles ont également exprimé leur inquiétude quant au fait que les Jeux améliorés pourraient normaliser et glorifier la consommation de drogues chez les jeunes athlètes” (1).
En France, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technique, OPECST, tout en reconnaissant “le rôle majeur de la science et des technologies dans l’amélioration des matériaux et des
équipements – les vélos du Tour de France sont par exemple passés en un siècle de modèles en acier pesant près de 15 kg à des modèles de 6,8 kg – ” (2), en souligne certains effets néfastes :
- Le renforcement des inégalités entre les nations et les clubs : “seuls les grands
clubs, les nations les plus développées et les structures bien financées peuvent bénéficier des
innovations les plus avancées“, - “Un accroissement de la surveillance des athlètes et de la pression psychologique”,
- Une contribution au développement du « sport spectacle » au détriment de la santé des sportifs. Les changements rendus possibles par la science dans la préparation physique et la nutrition ont conduit à une transformation physique significative des athlètes. Les rugbymen, par exemple, sont devenus plus grands et plus lourds. Les changements de morphologie augmentent l’intensité des chocs et conduisent à une incidence élevée des blessures”.
Du coté des athlètes, des incitations financières à participer aux jeux augmentés pourraient se révéler convaincantes : une somme de 500 000 dollars par épreuve (natation, d’athlétisme et d’haltérophile) sera allouée au vainqueur, et une prime d’un million de dollar est promise à celui qui battra le record du monde du 100 mètres sprint ou du 50 mètres nage libre.
1 – The Economist. The sports tournament where drugs are allowed. 12 novembre 2025.
https://www.economist.com/the-world-ahead/2025/11/12/the-sports-tournament-where-drugs-
2 – OPECST. La science dans la mêlée pour une nation sportive. Un héritage des Jeux de Paris 2024 à conserver. Novembre 2025. https://www.senat.fr/rap/r25-121/r25-121-syn.pdf
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