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De la cryoconservation des gamètes

La vitrification des cellules est une méthode ultra rapide de cryogénisation : la température de l’ovule ponctionné que l’on souhaite conserver passe de 37°C à -196°C en moins d’une seconde. Ce procédé qui ne demande ni beaucoup de matériel ni beaucoup de temps, semble être de plus en plus utilisé dans les processus de fécondation in vitro (2,9% des naissances en 2012 soit une naissance sur 35). En France, cette pratique, très encadrée par la loi de bioéthique de 2004, n’est possible qu’en cas de traitement lourd pouvant altérer sévèrement la fertilité des patients (chimiothérapie, radiothérapie par exemple).   

La première cryoconservation de gamètes humaines a été réalisée par deux chercheurs australiens, Trounson et Mohr, en 1983. Trois ans plus tard, naissait le premier bébé issu d’ovule cryogénisé. Depuis, le processus ne cesse d’être amélioré. L’ajout d’une solution spéciale à base de produits cryoprotecteurs fondés sur la nanotechnologie moléculaire empêche la formation de cristaux de glace qui altéraient, lors de la vitrification, les tissus conservés. 

Eggspectations : reporter l’âge de la  maternité

Apple et Facebook ont lancé la controverse en incitant leurs employées à cryoconserver leurs ovocytes pour retarder un projet de grossesse, et ainsi se consacrer pleinement à leur travail. Les deux entreprises ont promis de soutenir financièrement les femmes qui accepteraient de mettre leur horloge biologique sur pause. Elles couvrent les frais à hauteur de 20 000$ pour les deux prélèvements d’ovocytes et les frais de conservation, soit 500$ par an. 

Des médecins expliquent néanmoins que cette méthode ne garantit pas d’avoir un bébé. Cela présenterait des risques liés à l’état des tissus de l’utérus des femmes âgées de plus de 44 ans. Un ovule même jeune, a moins de chance de s’implanter dans un utérus âgé. Le sujet ne cesse de faire débat, outre-Atlantique comme en Europe :  une conférence “eggspectations” se tiendra d’ailleurs à l’Université de Montréal le 7 mars prochain. 

Le mythe d’une vitrification totale du corps humain

Si les résultats sont encourageants sur les gamètes, la probabilité de rencontrer Hibernatus est encore très faible. Certes depuis les années 1960, les chercheurs cryogénisent des corps dans l’espoir de les réanimer plus tard, lorsque les technologies auront évolué et le permettront. Aux Etats-Unis, où cette pratique est autorisée, certains sociétés, proposent, en cas de mort cérébrale, une vitrification totale du corps humain. Ils promettent aux candidats à la cryogénisation une nouvelle vie, plusieurs centaines d’années après leur mort. La proposition fait recette : plus de 200 personnes ont déjà payé entre 30 000 et 200 000$ pour faire partie du programme.

A l’heure des voyages dans l’espace,  la cryoconservation des cellules humaines permettrait aussi aux humains de réaliser des voyages interstellaires. Mais en 2017, l’état de la science ne permet pas de prédire ou d’assurer à ceux qui optent pour cette méthode qu’ils pourront se réveiller en bon état, ni même qu’ils se réveilleront tout court. Comme le souligne cyniquement Dennis Kowalsky, dirigeant du Cryonics Institute dans le Michigan : « On ne peut pas promettre à quelqu’un qui va mourir que son corps pourra être réanimé dans les siècles à venir. On ne peut pas prévoir les avancées techniques. Mais qu’est-ce qu’un mourant a à perdre en se faisant cryogéniser, à part un peu d’argent, qu’il perdra de toute façon en mourant ? ».

 

 

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